Xavier Raufer :  » Les Alaouites, dont le clan Assad est l’expression, sont au centre de cet étau régional depuis des siècles « 

Dans différents articles, l’excellent criminologue Xavier Raufer à tenté de dévoiler ce qui pouvait bien se cacher derrière le bien mal nommé « état islamique » qui sévit en Irak et en Syrie depuis des années.

Évitant de répéter les âneries que les complotistes balancent sur ce groupe, comme quoi il serait financé par les américains, il procède à un véritable travail de recherche en profondeur afin d’y voir plus clair. Le résultat est surprenant, on découvre que derrière cette bande de mercenaires se cachent un scénario encore plus machiavélique que ce à quoi les USA nous avaient habitué jusque là. Laissons le spécialiste parler.

 

Au sujet de l’organigramme de Daesh on apprend la chose suivante :

« On parle d’État islamique. Or dans son organigramme, aucun de ses cinquante dirigeants de premier rang n’est islamiste. Il n’est même pas sûr qu’ils soient tous musulmans. De qui s’agit-il ? D’anciens officiers supérieurs ayant fait carrière chez Saddam Hussein au temps où le régime était laïc. Concrètement, ce sont des gens qui buvaient du vin à table, dont les femmes n’étaient pas voilées et qui entretenaient des liens avec l’Occident. Pas un gramme de religion dans tout cela. Et pas la moindre cohérence non plus dans le parcours de Zarqaoui, présenté comme le fondateur de l’EI. Mais des repères. »

 

Sur Zarqaoui, le célèbre boucher irakien wahhabi/takfiriste

« Qui est Zarqaoui ? Initialement, c’est un petit dealer jordanien, un paumé tatoué et toxico. Il se soigne encouragé et épaulé des salafistes, s’astreignant dès lors à une pratique religieuse régulière. Il file ensuite en Afghanistan avec une troupe de fidèles. Dans son enfer personnel rien n’est pire que les chiites (majoritaires en Iran) ou les Alaouites qui tiennent la Syrie via le clan Assad. Après 2001, l’arrivée des Américains à Kaboul le contraint à la fuite. Où trouve-t-il refuge ? En Iran, justement, puis en Syrie, pays du diable selon lui, où on lui fabrique de faux papiers, on l’héberge et l’aide à relancer ses affaires… »

 

Sur le jeu extrêmement trouble de l’Iran chiite et de la Syrie alaouite dans cette affaire :

Question du journaliste : Les marionnettistes seraient entre Téhéran et Damas ?

« A qui profite le crime ? Il faut se poser la question. N’oubliez pas non plus les conditions dans lesquelles Obama a hérité du dossier irakien laissé par Bush junior. Et regardez l’énorme machinerie montée par les Iraniens sur le nucléaire militaire. Ils s’en foutaient éperdument, l’objectif c’était les accords de Vienne. Ils y sont parvenus. C’est en Perse que le jeu d’échecs a été inventé, je vous le rappelle. » Et Damas alors ? « J’ai beaucoup travaillé sur et au Liban. Dans les années quatre-vingt-dix, on l’a oublié, le pays était déchiré par une effroyable guerre civile. Tous les experts hochaient la tête et vous disaient : ça va durer dix ans au moins. Et puis Saddam a attaqué le Koweit, marquant un tournant dans la nature même de son régime. Bush père qui était alors aux affaires a tout de suite compris qu’il ne pouvait pas avoir deux ennemis en même temps. « Il a joint Hafez el-Assad, père de Bachar. Ce contact est acté dans les archives diplomatiques américaines. Or dans la minute, au coup de sifflet, la guerre civile libanaise a cessé. ».

 

Sur Bachar Al Assad et les alaouites :

« Je dis seulement que les frappes aériennes ne sont pas le nœud du problème. A un moment donné il va falloir amadouer celui, ou ceux, qui ont les clés du camion. Les Alaouites, dont le clan Assad est l’expression, sont au centre de cet étau régional depuis des siècles. Pour survivre, il leur a fallu développer des trésors de ruse et un art de la manœuvre qui dépasse ce que nous connaissons. Ils résistent, s’accrochent et sont là pour un long moment encore. »

 

Dans une autre interview :

 » La guerre civile syrienne est la parfaite prolongation de celle qui sévit au Liban voisin (1975-1990), les fondamentaux de cette guerre civile fondatrice valant toujours aujourd’hui. Or, depuis, une constante – en fait, l’unique bouée de sauvetage du régime alaouite des Assad, de père en fils – est celle-ci : un contrôle systématique, au pire une « influence » sur tout groupe terroriste, guérilla, groupe insurgé opérant dans la région. Ce, grâce aux redoutables et forts experts des services spéciaux du régime de Damas. En son temps, ces services ont manipulé des groupes palestiniens, jihadis sunnites, chiites et chrétiens libanais, arméniens chrétiens (ASALA) – même la « légion étrangère » (commandement des opérations spéciales à l’étranger) du FPLP, avec bien sûr Carlos, mais aussi des Japonais, des Allemands, etc. À l’époque, le responsable de ces « opérations spéciales » était le colonel Haïtham Saïd, du SR de l’armée de l’air syrienne. Aujourd’hui, les services d’Assad fils opèrent toujours de même – demandez-vous pourquoi des groupes jihadis, mobilisés pour abattre le régime hérétique des Assad, s’entretuent aujourd’hui avec férocité –, pas vraiment l’effet du hasard. Donc, dans la libération d’otages détenus par des fanatiques sunnites, le régime alaouite laïc des Assad joue aussi un rôle… ».

 

Retour sur l’Iran avec une analyse de notre spécialiste dans le magazine Outre-terre :

« N’oublions pas ceci : certes en majorité chi’ites, les Irakiens sont d’abord des Arabes, en majorité resté fidèles à l’Irak de Saddam durant la longue et meurtrière guerre Irak-Iran. Sentimentalement, spirituellement, ces Arabes révèrent sans doute le chi’isme perse et ses lieux saints, Qom, Mashhad ; mais politiquement, Téhéran leur pèse ; ils sont plutôt réticents au côté « aide fraternelle » de l’Iran, qui sent parfois trop celle de l’Union soviétique à la Pologne, dans la décennie 1980… C’est dans cette ambiance que l’autorité politique suprême des chi’ites irakiens, l’ayatollah Muhammad Bakr al-Hakim, chef du Conseil supérieur de la révolution islamique en Irak, rentre de son exil iranien et réintègre la ville sainte chi’ite de Najaf. On l’attendait vent debout contre l’occupation américaine, or le voilà au contraire conciliant, prêt même à une coopération limitée avec l’occupant. Suivons maintenant al-Zarqawi, arrivé en Irak début 2003. Son premier acte de terreur vise justement Muhammad Bakr al-Hakim, pulvérisé avec une centaine de ses fidèles dans l’explosion d’une gigantesque bombe à Najaf, en août 2003. L’attentat est revendiqué par Zarqawi mais plusieurs experts signalent une action des unités spéciales des Pasdaran iraniens, sous couverture jihadie. Pire encore en février 2006 : un énorme attentat détruit presque (dôme effondré, etc.) la mosquée de Samarra, où sont inhumés deux des 12 imams saints des chi’ites : Ali al-Naqi (10e imam) et Hassan al-Askari (11e). Cette dernière provocation et tuerie de Zarqawi (il y en a eu bien d’autres en 2004 et 2005) déclenche une féroce guerre civile entre sunnites et chi’ites ; des milliers de fidèles des deux communautés sont assassinés dans les jours suivants. Ce qui a pour effet de jeter les Arabes chi’ites irakiens dans les bras de l’Iran ; ils doivent désormais mendier aide et protection au « grand frère » ; voilà in fine l’Irak devenu un vassal de Téhéran. Dès lors chez lui à Bagdad, le général iranien Qassim Suleimani y a voix au chapitre et rang de proconsul. »

 

Plus loin dans l’article au sujet des crimes de Daesh sur les rebelles syriens modérés ou encore les wahhabis de Jabhat Al Nosra :

« Venues de la province irakienne d’al-Anbar, de premières unités de l’Etat islamique en Irak traversent fin 2011 la « frontière » de la Syrie. Pour rejoindre à la coalition anti- Bachar al-Assad ? Rappel : « alaouite », ce dernier est un allié durable de l’Iran chi’ite, bête noire des salafistes. Tout au contraire : à peine en Syrie, l’E.I attaque l’Armée syrienne libre et Jabhat al-Nosra avec son usuelle sauvagerie, égorgeant leurs chefs, massacrant leurs miliciens refusant l’allégeance au califat et occupant leurs positions; ce, sous de fumeux prétextes religieux. Comme naguère en Irak, le comportement de l’E.I est tel qu’en comparaison, Bachar devient présentable. Sur les talons de l’E.I, voilà le général iranien Suleimani en Syrie; peu après, des miliciens chi’ites, Hezbollah en tête, volent par milliers au secours du régime syrien. Impavide, l’E.I. poursuit son jihad-gore jusqu’en 2014 au nord de la Syrie; cette fois, les milices kurdes entrent en guerre contre la rébellion syrienne, soulageant d’autant le régime de Damas. »

 

Plus loin :

« Ainsi de suite jusqu’à ce jour : en août 2015, al-Nosra fuit le nord de la Syrie, suite à une vague d’attentats-suicide de l’E. I. (40 morts). Début septembre encore, l’E.I. combat d’autres rebelles, pro-américains, en périphérie de Damas. De 2003 à ce jour, d’abu Musab al-Zarqawi à Abu Bakr al-Bagdadi, tels sont les opérations de l’Etat islamique en Irak et en Syrie et leurs conséquences concrètes. » Quelle était le plan des américains en Syrie et qui l’a détruit ? :  » Au Moyen-Orient, la « grande puissance néo-impériale » avait deux projets, lui permettant, s’ils se réalisaient, de sortir du funeste piège des années-Bush :

– Syrie, créer une armée d’opposition « modérée » à Bachar al-Assad, prélude à un changement de régime à Damas,

– Irak : créer une alliance politique sunnites + chi’ites dépassant la guerre confessionnelle et gouvernant ensemble le pays. Et voici notre question directrice : qui a totalement anéanti ces deux projets aujourd’hui franchement risibles – si ce n’est l’Etat islamique ? Et quelle est alors la seule option laissée à la Maison Blanche d’Obama, pour tenter de restaurer un semblant d’ordre régional ? Ne serait-ce pas d’emprunter le chemin de Téhéran ? »

 

Terminons donc sur le rôle trouble de l’Iran chiite et de ses alliés dans la région :

 » Bref retour en arrière pour – encore – une énorme étrangeté : lors de l’offensive américaine en Afghanistan (dès le 8 octobre 2001) les moujahidine étrangers fuient ce pays, la plupart vers le Pakistan. Pas al-Zarqawi, installé à Herat, ville-frontière de l’Iran, grouillante d’agents de tout type, où sa troupe de fanatiques se forme aux 9 techniques du terrorisme. Suite à l’assaut américain, le salafiste Zarqawi se réfugie… en Iran (qui est pour lui, rappelons-le, le pays des  » apostats chi’ites »), où il demeure au minimum plusieurs mois. Zarqawi rentre alors en Jordanie, où les services antiterroristes le traquent ; il se réfugie alors (2002-2003)… dans la Syrie de Bachar al-Assad, aux mains d’hérétiques pire encore, les « Alaouites ». Là, dit un récit fort documenté, il est « hébergé et muni de faux papiers ». Par qui ? Pourquoi ? En échange de quoi ? A ce jour, cette question sur cet incroyable (soyons gentil…) mélange des genres, n’a pas étonné les analystes officiels, ni les journalistes. Mais la République islamique d’Iran, là-dedans quel jeu joue-t-elle ? A ce niveau de réflexion, bornons-nous à exposer deux troublants précédents : – Lors des attentats de Paris en 1985-86 (13 morts, 300 blessés), le terroriste en chef Fouad Ali Saleh, tunisien parfaitement sunnite, avait été recruté et formé par des opérateurs des services spéciaux iraniens. – Dans la décennie 1990, les services spéciaux militaires turcs suscitent un « Hezbollah turc », en fait un groupuscule kurde de Turquie, pour assassiner les cadres du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK). Or ensuite, les services spéciaux iraniens « kidnappent » ce Hezbollah de Turquie, en volent le contrôle aux services turcs, et des années durant, l’utilisent pour éliminer des opposants au régime de Téhéran, en Turquie ou alentours. L’affaire fit grand bruit en Turquie ; il y eut des procès, maints documents existent là-dessus ; eux aussi accessibles. »

 

Pour conclure, le gouvernement français devrait donner plus souvent la parole à des spécialistes (des vrais !) comme Xavier Raufer qui a parfaitement bien démontré les origines criminelles et complexes de ce prétendu « état islamique » qui visiblement ne roule ni pour le Qatar et l’Arabie Saoudite comme le crois certains malheureusement. Le but n’est pas d’innocenter tel ou tel pays « sunnites » mais de faire une analyse sérieuse capable de remonter aux sources du terrorisme moyen-oriental issue des trente dernières années.

Un grand merci à Xavier Raufer en tout cas pour sa brillante analyse.

 

Ismâ’ïl Sunnite.

 

Sources :

 

Premier article utilisé : http://www.bvoltaire.fr/xavierraufer/otages-en-syrie-classique-affaire-gangsterrorisme,57402

Deuxième article utilisé : http://www.lanouvellerepublique.fr/France-Monde/Actualite/24-Heures/n/Contenus/Articles/2015/11/19/De-quoi-Daech-est-il-le-nom-2537510

Troisième article utilisé : http://www.filsdefrance.fr/societe/article/l-tat-islamique-un-objet-terroriste-non-identifi-l-analyse-de-xavier-raufer

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