16 Février 1997 : Mort du grand Muhaddith syrien Abu Ghuddah

Le Sheikh Abû Ghuddah était un célèbre savant musulman du 20e siècle, spécialisé dans les sciences du Hadîth et la jurisprudence islamique (Fiqh).

Sheikh `Abd Al-Fattâh Ibn Muhammad Ibn Bashîr Ibn Hasan Abû Ghuddah naquit à Alep, au nord de la Syrie, en 1917. Son père, connu pour sa piété et son attachement à l’islam, travaillait dans le textile, un commerce qu’il a hérité de son propre père Bashîr, l’un des plus grands commerçants de textiles en Syrie. L’arbre généalogique de Sheikh `Abd Al-Fattâh remonte à Khâlid Ibn Al-Walîd, un noble Compagnon du Prophète (SWS). 

Il étudia d’abord à l’Institut Islamique Arabe d’Alep, puis à la Madrasah Khasrawiyyah, connue aujourd’hui sous le nom de L’École Secondaire de la Sharî`ah. Il obtint son diplôme en 1942 et poursuivit ses études à Al-Azhar, au Caire. Il y étudia la Sharî`ah entre 1944 et 1948, puis la psychologie et les principes de la pédagogie, à la Faculté de la Langue Arabe. Il obtint son diplôme d’Al-Azhar en 1950.

Il se forma auprès de savants de renommée en Syrie tel que,  Sheikh Râghib At-Tabâkh, Sheikh Ahmad Az-Zarqâ, Sheikh `Îsâ Al-Bayanûnî, Sheikh Muhammad Al-Hakîm, Sheikh Asad `Abjî, Sheikh Ahmad Al-Kurdî, Sheikh Najîb Sirâj Ad-Dîn et Sheikh Mustafa Az-Zarqâ. Puis en Égypte avec Sheikh Muhammad Al-Khidr Husayn, Sheikh `Abd Al-Majîd Daraz, Sheikh `Abd Al-Halîm Mahmûd, Sheikh Mahmûd Shaltût.

Ses rencontres avec le dernier Sheikh de l’Islam sous le Califat Ottoman, Sheikh Mustafâ Sabrî, ainsi que Sheikh Muhammad Al-Kawtharî et Sheikh Hasan Al-Bannâ, lui furent bénéfiques. Sheikh Muhammad Al-Kawtharî fut l’Adjoint du Sheikh de l’Islam sous le Califat Ottoman, puis il fuya la Turquie après la répression orchestrée par le mouvement d’Ataturk et s’installa en Égypte où il fut honoré par les savants d’Al-Azhar de l’époque, comme Sheikh Muhammad Abû Zahrah. Sheikh Abû Ghuddah admira l’érudition de l’Imâm Al-Kawtharî et devint l’un de ses plus grands disciples.

Sheikh Abû Ghuddah eut des séjours de durées variables dans la plupart des pays arabes, ainsi qu’en Turquie, en Inde, au Pakistan, en Indonésie, Malaisie et à Brunei. Il rencontra des savants éminents de ses pays et ce fut l’occasion d’un enrichissement mutuel.

Grâce à ses nombreuses visites de l’Inde et du Pakistan, il put introduire en Arabie la science des savants du sous-continent indien. Parmi les figures les plus marquantes qu’il rencontra dans ces terres indo-pakistanaises nous pouvons citer : Sheikh Muhammad Shâfi`(auteur d’un excellent tafsîr), le Mufti du Pakistan, Mufti Atiqur Rahman de Delhi, Sheikh Muhammad Zakariyyâ Kandahlâwî, Sheikh Muhammad Elias Kandahlâwi, Sheikh Muhammad Yûsuf Bannourî, Sheikh Muhammad Latîf, Sheikh Abû Al-Wafâ Al-Afghânî, Sheikh Abû Al-A`lâ Mawdûdî et Sheikh Abu Al-Hasan `Alî Nadwî.

Au terme de ses études en Égypte, il retourna en 1951 dans sa terre natale. Il fut honoré par le prix du meilleur professeur de l’Education Islamique. Pendant onze ans, il enseigna à Alep diverses sciences islamiques, écrivit des ouvrages et dispensa des cours à la Madrasah Sha`bâniyyah, qui forme des juristes et des prédicateurs. Il partit ensuite à la Faculté de la Sharî`ah à l’Université de Damas. Il y enseigna pendant trois ans les fondements de la jurisprudence, la jurisprudence hanafite, et l’étude comparative des écoles de jurisprudence.

En 1962, il fut élu membre du parlement pour la ville d’Alep, malgré la sévère concurrence des autres candidats. Il profita de son poste pour défendre les intérêts de l’Islam et des musulmans en Syrie. En 1966, il fut détenu, ainsi qu’un certain nombre de savants, à la prison de Palmyra. Il y passa 11 mois avant d’être libéré avec tous les prisonniers politiques en juin 1967. Une fois libéré, il retourna à Alep, mais la pression du gouvernement le décida à quitter le pays.

Il se dirigea vers l’Arabie Saoudite et enseigna à l’Université de Muhammad Ibn Su`ûd à Riyâd entre 1965 et 1988. Il contribua à l’amélioration du programme enseigné et participa également à de nombreux séminaires et conférences à l’Université du Roi Su`ûd à Riyâd. Il fut accueilli comme « professeur invité » à l’Université Islamique du Soudan. En signe de reconnaissance à ses efforts et ses travaux, ses confrères le choisirent pour le prix du Sultan de Brunei pour les études islamiques. Le prix lui fut remis à par le Centre des Études Islamiques d’Oxford, à Londres, lors d’une cérémonie qui rassembla un grand nombre de savants, dont Sheikh Yûsuf Al-Qaradâwî, et le Sultan de Brunei.

Sheikh `Abd Al-Fattâh se distingua par un noble caractère, un savoir abondant et une intelligence affûtée. Il fit preuve de grande perspicacité en pénétrant les problèmes qui occupent les musulmans. Courtois et aimable dans ses propos, il toucha le cœur de ceux qui le connurent. Calme et posé, il était difficile de le provoquer. Bien qu’il vécut et enseigna dans un environnement hostile à certaines positions de Sheikh Ibn Taymiyah (en Syrie), malgré son amour pour Sheikh Al-Kawtharî – une figure très critique à l’égard de Sheikh Ibn Taymiyah -, Sheikh `Abd Al-Fattâh adopta une position modérée et posée vis-à-vis de lui. Il en fit de même avec le disciple d’Ibn Taymiyah, l’Imâm Ibn Al-Qayyim.

EMBLÈME DES FRÈRES MUSULMANS SYRIENS.

EMBLÈME DES FRÈRES MUSULMANS SYRIENS.

 

En 1940, il rencontra Sheikh Hasan Al-Bannâ en Égypte et s’affilia aux Frères Musulmans. De retour en Syrie, il fut actif dans l’appel à Dieu et devint plus tard  le troisième guide des Frères Musulmans syriens de 1973 à 1976.

ABU GHUDDAH TOUT PRÊT DU GUIDE SECOND GUIDE DES FRÈRES MUSULMANS ÉGYPTIENS : HASSAN AL HUDAYBI.

ABU GHUDDAH TOUT PRÊT DU SECOND GUIDE DES FRÈRES MUSULMANS ÉGYPTIENS : HASSAN AL HUDAYBI (LE DEUXIÈME EN PARTANT DE LA DROITE).

 

Pendant son séjour en Syrie, il fut une véritable école islamique en mouvement et enseigna à trois générations de prédicateurs. Outre le sermon du vendredi qu’il donnait, il assurait trois leçons hebdomadaires : Séance de Questions-Réponses : après la prière du vendredi, il recevait les questions de son audience et donnait des verdicts religieux (fatwas), tout en gardant à l’esprit la réalité de nos sociétés contemporaines et les nouvelles contraintes qu’elles génèrent. Leçons de jurisprudence du lundi : il présentait une approche comparative des grandes écoles de jurisprudence. Leçons de Hadîth tous les jeudis.

Au milieu des années 1960, sous la tyrannie croissante du gouvernement syrien, il tenta de rassembler les savants et d’unir la communauté musulmane afin qu’elle puisse retrouver sa force et qu’elle puisse défendre ses valeurs. Cependant, à cause de la division au sein de la communauté, son espoir fut vain. Toutefois, il poursuivit ses efforts, notamment dans la mosquée Khasrawiyyah qui comptait des milliers de musulmans. Il y souleva des problèmes contemporains et dénonça les abus, l’oppression, et la dictature. Ses positions courageuses lui valurent de nombreuses menaces. Cependant, il préféra dire un mot sincère qui plaît à Dieu, quel qu’en soit le prix dont la prison ne fut qu’un épisode.

Il retourna à Dieu le dimanche 9 Shawwâl 1417 A.H. (le 16 février 1997). Puisse Dieu le récompenser généreusement et le compter au nombre des véridiques.

 

Parmi les magnifiques ouvrages qu’il a écrit :

 

_ Mas’alat Khalq Al-Qur’an wa Atharuhâ fî Sufûf Ar-Ruwât wa Al-Muhaddithîn wa Kutub al-Jarh wa al-Ta`dîl : La question de la création du Coran et son influence sur les narrateurs et les savants du hadîth ainsi que sur les ouvrages d’examen critique des transmetteurs.

_ Safahât min Sabr al-`Ulamâ’ wa Shada’id Al-`Ilm wa Tahsîlih : Pages sur l’endurance des savants et les difficultés d’acquisition du savoir.

_ Al-`Ulama’ Al-`Uzzâb Al-Ladhîna Atharû Al-`Ilma `alâ Az-Zawâj : Les savants célibataires qui ont préféré la Science au mariage.

_ Qîmat Az-Zamân `ind al-`ulamâ’ : La valeur du temps pour les savants.

_ Lamahât fî Târîkh As-Sunnah wa `Ulûm Al-Hadîth : Aperçu de l’histoire de la Sunnah et des sciences du Hadîth.

_ Tarâjimu Sittatin min Fuqahâ’ Al-`Alam Al-Islâmî fî Al-Qarn Ar-Râbi`a `Ashar : Biographies de six juristes du monde islamique au 14e siècle (A.H.).

_ Tartîb Takhrîj Ahâdith Al-Ihyâ’ li Al-Hâfidh Al-`Irâqî : La classification de la documentation d’Al-`Irâqî sur les hadîths cités dans la Revivification (d’Al-Ghazâlî).

_ Al-Jam` wa At-Tartîb li Ahâdîth Târîkh Al-Khatîb : Compilation et classification des narrations citées dans l’« Histoire » d’Al-Khatîb [Al-Baghdâdî].

_ Sunan An-Nasâ’i : Les Sunan par An-Nasâ’i.

_ Umarâ’ Al-Mu’minîn fi Al-Hadîth : Les commandants des croyants dans le Hadîth.

_ Safhatun Mushriqatun min Târîkh Samâ` Al-Hadîth `inda al-Muhaddithîn : Pages radieuses de l’histoire de l’écoute du Hadîth parmi les savants du hadîth.

_ Al-Isnâd min Ad-Dîn : Établir une chaîne de narration fait partie de la religion.

_ Tahqîq Ismay AsSahîhayn wa Ism Jâmi` At-Tirmidhî : La vérification des titres Sahîh d’Al-Bukharî et Muslim et le titre Jâmi` At-Tirmidhî.

_ Manhaj As-Salaf fî As-Su’âli `an Al-`Ilm wa fî Ta`allum ma Yaqa`u wa mâ lam Yaqa` : La méthode des pieux prédécesseurs dans l’interrogation au sujet de la science et l’apprentissage de ce qui pourrait se produire et ce qui ne s’est pas produit.

_  Min Adab Al-Islâm : Bonnes manières en Islam.

_ Kashf Al-Iltibâs `ammâ Awradahu Al-Imâm Al-Bukharî `alâ ba`d An-Nâs : Clarification des jugements de l’Imâm Al-Bukhâri au sujet de certaines personnes.

_ Akhtâ’ Ad-Doctor Taqiy Ad-Dîn An-Nadwi fi Tahqîq Kitâb Zafar al-Amânî li Al-Lucknowî : Les erreurs de Dr. Taqiy Ad-Dîn An-Nadwî dans son analyse du livre « le triomphe des aspirations » de Al-Lucknowî.

_ Ar-Rasûl Al-Mu`allim wa Asâlîbuhu fi At-Ta`lîm : Le prophète-enseignant et ses méthodes d’enseignement.

_ Namâdhij min Rasâ’il A’immat As-Salaf wa Adabihim Al-`Ilmî wa Akhbârihim fi Adab Al-Khilâf : Extraits des traités des Imâms parmi les prédécesseurs et leurs bonnes manières de savants et leur courtoisie dans le désaccord.